Physiologie de l'inspiration (I) : souffle créateur et neurologie à l'aube du XXème siècle

Marc PICCAND

Institut romand d'histoire de la médecine et de la santé, Chemin des Falaises 1, CP 196, 1000 Lausanne 4, Suisse
Tel. 021-3147050, Fax. 021-3147055

 

D'une manière générale, l'inspiration peut être considérée comme ce qui anime d'un souffle créateur toute personne s'appliquant à une forme de production artistique. Par sa seule force, elle provoque chez l'artiste, tout en le dépassant, un état particulier qui lui commande le fruit de son art. L'inspiration est en ce sens un travail silencieux qui, lorsqu'il se révèle à la conscience du créateur, ne lui en laisse acquérir la notion que comme il le ferait de quelque chose d'extérieur.

Selon l'opinion qui s'impose à l'aube de ce siècle, la synthèse d'un processus d'association d'idées évoluant en dehors du champ de la conscience semble être ce qui intervient dans la production artistique. En tant qu' apparition autochtone d'une vision de l'imagination ou d'une pensée , et malgré son apparence structurée, l'inspiration s'oppose donc à l'idée de construction ou de fabrication. L'artiste inspiré - ou enthousiaste - subit désormais le mouvement créateur d'une image toute faite qui, brusquement, et par automatisme, s'impose à lui. Mais le ferment de création, lorsqu'il prend la forme d'une volonté étrangère agissant sur la personne inspirée, dérobe l'artiste à la maîtrise que propose  l'ordre naturel des choses  ; il est concomitant d'une inévitable altérité dépossédante qui devient trouble de l'esprit. Car c'est justement ce qui donne l'illusion d'être en dehors de la conscience, ou d'appartenir à la complicité d'une obscure assistance, qui se transforme fréquemment en symptôme ; tout au moins selon les principes dominants de la médecine de l'époque.

L'on sait toutefois que, pour beaucoup d'auteurs, l'activité cérébrale est envisagée à l'aune de sa nature médullaire et ne passe par la conscience que comme une gêne dans l'arc réflexe. Dans une telle perspective, la conscience doit disparaître au profit des conditions instinctives de l'inconscience formant un stade beaucoup plus proche de la perfection.  Nous penserons comme nous marcherons, sans y penser. Nous n'aurons plus droit au génie . Ces mots du Dr Paul Voivenel soulignent une évidente constatation : le point le plus achevé du système nerveux n'est pas le cerveau mais la moelle.

Alors, dans le cas de l'écriture, pour autant que l'inspiration préside à ses productions, que signifie sa manifestation automatique ? Peut-on supposer légitime l'opposition exprimée entre un langage dit volontaire et un langage dit automatique ou inconscient. Le sujet assiste-t-il en spectateur passif au jeu de son appareil moteur ou en est-il indiscutablement le maître ? Les implications d'un système qui voit dans la conscience une désorganisation des cellules nerveuses qui cherchent leur voie ne se laissent pas appréhender sans contradictions si, par ailleurs, l'on considère la manifestation automatique comme un symptôme morbide.

 

Panel 9A   (Developing History)
Saturday, 18 September 1999
9.25

The Neurosciences and Psychiatry: Crossing the Boundaries

Joint Congress of the European Association for the History of Psychiatry (EAHP), the European Club for the History of Neurology (ECHN), and the International Society for the History of the Neurosciences (ISHN)

Zurich and Lausanne, Switzerland, 13-18 September 1999