L'asile des années 1930, outil de la prise en charge de l'aliénation par les Conseils généraux. Les exemples du Rhône et de l'Isère (France)

Samuel ODIER

6 rue Bouteille, 69001 Lyon, France
<samodier@club-internet.fr>

 

L'asile des années 1930 est l'espace de la folie : il a entre autres fonctions de la rendre lisible dans le paysage social en la contenant en un lieu géographique. Au sein de l'assistance publique, c'est aussi l'espace clôt où se lit la politique du département français - car c'est à cette collectivité de pourvoir à son entretien -, une politique d'assistance, qui doit coûter le moins possible. Mais durant les années 1930, l'encombrement de plus en plus dramatique des asiles français finit de montrer leur incapacité à  contenir  la folie, alors que d'autres voies s'ouvrent à la psychiatrie avec de nouvelles possibilités de prise en charge des malades.

La loi de 1838, qui organise l'asile, était tout à fait novatrice au XIXe siècle, mais sa gestion, qui fait de l'asile un lieu coupé du monde et vivant sur le mythe d'une autonomie économique (avec des comptes excédentaires, grâce notamment aux malades travailleurs), est devenue un archaïsme qui coupe l'établissement du reste du réseau hospitalier. La politique du département, qui se limite en fait aux malades indigents et à la construction de nouveaux locaux, représente pourtant un poste budgétaire en pleine inflation durant toutes les années 1930, même avec des réalités bien différentes d'un département à l'autre.

Le Vinatier (département du Rhône) et Saint-Robert (Isère), nous donnent l'exemple de la gestion qui préside avant la Sécurité sociale : une prise en charge bien plus matérielle que médicale, et qui, même à ce niveau, laisse apparaître de nombreuses lacunes. Les deux établissements sont de tailles bien différentes (les dépenses du premier font deux fois celles du second), mais le poids de leurs départements respectifs n'explique pas tout : si le Vinatier dépense plus, et si le cadre hospitalier y est plus satisfaisant qu'à Saint-Robert, c'est aussi que le Conseil général du Rhône y investit plus, proportionnellement, que celui de l'Isère.

En reprenant les mécanismes de gestion d'un système qui finit de se scléroser, mon exposé tente de montrer comment une approche purement comptable a poussé les conseillers généraux à réfléchir sur l'alternative à une politique d'internement systématique. Mais au delà, la réflexion sur la mise en place de centres extérieurs à l'établissement est-elle la recherche d'une complémentarité - une prise en charge en amont de l'asile - ou la trace d'une défiance vis à vis du coûteux dispositif asilaire ? Ce sont les ambiguïtés d'une hygiène mentale qui se met en place depuis la fin des années 1920, sans réellement pénétrer ce système asilaire.

 

Panel 6C   (Biopolitics)
Thursday, 16 September 1999
9.50

The Neurosciences and Psychiatry: Crossing the Boundaries

Joint Congress of the European Association for the History of Psychiatry (EAHP), the European Club for the History of Neurology (ECHN), and the International Society for the History of the Neurosciences (ISHN)

Zurich and Lausanne, Switzerland, 13-18 September 1999