Les difficultés historiques de la chimie cérébrale : le cas de la neurotransmission

Jean-Claude DUPONT

Centre de Philosophie des Sciences, Faculté de Philosophie, Sciences Humaines et Sociales, Chemin du Thil, 80025 Amiens Cedex 1, France
<Jean-Claude.dupont@ca-u.picardie.fr>

 

L'année 1936 est celle de la remise du prix Nobel à Loewi et à Dale pour leur découverte de la neurotransmission chimique. Pourtant, à cette époque, l'histoire de la neurotransmission ne fait que commencer. On ne sait rien sur ses mécanismes intimes : où et comment est libéré le médiateur, comment est-il stocké, synthétisé, dégradé, comment agit-il sur le versant post-synaptique ? Les données pharmacologiques en faveur de la théorie restent extrêmement ambiguës : neuromimétisme imparfait des médiateurs, sélectivité des effets des substances neurolytiques, barrière de perméabilité entourant l'axone n'excluant pas une action des anticholinestérasiques et des curares non limitée aux jonctions, etc. Apparaissent alors des théories mixtes sophistiquées où le médiateur joue un rôle secondaire dans la transmission (thèse de Monnier et Bacq, de Eccles) ou bien même n'y joue aucun rôle (Nachmansohn). Ces théories représentent, en réalité, un renouveau des conceptions électriques, malgré les expériences prétendument cruciales de Loewi et Dale.

Pourtant, si au début des années cinquante on finit enfin par admettre un processus chimique au niveau périphérique, on affirme aussi généralement comme le souligne l'électrophysiologiste Bremer que  la nécessité de son intervention dans les processus primaires de la transmission synaptique centrale chez les Vertébrés n'est en tout cas pas démontrée et paraît même improbable .

On se propose d'analyser quelques unes des difficultés historiques de la théorie chimique de la neurotransmission en nous concentrant sur le niveau central. Celles-ci sont liées notamment aux remarquables travaux des électrophysiologistes anglo-saxons de l'époque (Eccles, Lorente De Nó, Graham, Lloyd, Gasser...), parvenus à expliquer les caractéristiques de l'activité centrale la plus élémentaire, à savoir l'activité réflexe, en évitant de sortir d'un déterminisme strictement électrique faisant appel à des circuits neuronaux et aux propriétés d'excitabilité du neurone. On sera alors plus à même de saisir les circonstances dans lesquelles ces résistances ont fini par être levées, en partie grâce à ces mêmes électrophysiologistes (cas de Eccles) mais aussi des psychopharmacologues, signant sans doute l'acte de naissance de la neurochimie cérébrale.

 

Panel 4A   (Body-Mind)
Wednesday, 15 September 1999
10.15

The Neurosciences and Psychiatry: Crossing the Boundaries

Joint Congress of the European Association for the History of Psychiatry (EAHP), the European Club for the History of Neurology (ECHN), and the International Society for the History of the Neurosciences (ISHN)

Zurich and Lausanne, Switzerland, 13-18 September 1999