Les névroses entre l'aliéniste et le neurologiste

Jean-Claude ARBOUSSE BASTIDE

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L'histoire des névroses appartient tout autant à celle de la neurologie que de la psychiatrie. C'est ainsi qu'au début de ce siècle, les névroses, devenues psychonévroses,  dont le domaine est intermédiaire à celui de la neurologie pure et celui de la psychiatrie proprement dite  (F. Raymond, Névroses et psychonévroses, 1907), ont été revendiquées par l'une et l'autre de ces disciplines. Il n'est pas sans intérêt de reconstituer certains des aspects de cette dispute, tels que la proposition de partage des attributions faite par G. Deny dans son discours inaugural au Congrès d'Amiens réunissant en 1911 aliénistes et neurologistes de langue française.

Pour comprendre les origines de ce débat, il est toutefois nécessaire de retracer les grandes lignes de l'histoire du terme même de névrose, qui a qualifié, selon les époques, des notions très différentes.

Le terme de névrose est apparu il y a plus de 200 ans, et a successivement servi à désigner les affections nerveuses dans leur ensemble, puis les maladies sans lésions, et enfin vers la fin du siècle dernier, des affections non plus définies par l'absence de support lésionnel connu, mais par le fait que les symptômes, quelle que soit leur apparente organicité, découlent d'une représentation mentale sous-jacente. Les névroses occupent dès lors une position ambiguë : devenues trouble psychique, elles devraient faire partie des psychoses (au sens que lui donne la terminologie d'alors) et en même temps elles s'en distinguent par l'absence d'aliénation. Le terme de psychonévrose, proposé en 1904 par Dubois (de Berne) et largement repris dans la littérature de l'époque, servira ainsi, entre autres, à connoter cette situation frontière.

Au cours de la première guerre mondiale les maladies par représentation ont servi d'explication à un certain nombre des troubles psychiques observés parmi les combattants, mais pas exclusivement. D'autres schémas, tels que l'émotion-choc en France ou la névrose traumatique d'Oppenheim en Allemagne, furent en effet proposés, ramenant ainsi les névroses de guerre du côté de la neurologie.

Par la suite, les névroses conserveront leur spécificité en devenant une catégorie psychiatrique à part, définie par sa non appartenance à l'aliénation, à la folie proprement dite. L'opposition entre psychose et névrose s'est ainsi constituée en psychiatrie sur la base de critères tels que la présence ou l'absence d'une activité délirante, ou la perte de l'autocritique, alors que la psychanalyse de son côté s'est attachée à définir deux modes de fonctionnement psychique, deux structures, dont les modalités de décompensation ne recouvrent d'ailleurs pas exactement ce que la psychiatrie à coutume de désigner par psychose et névrose.

 

Panel 1B   (Evolution and Dissolution)
Tuesday, 14 September 1999
11.15

The Neurosciences and Psychiatry: Crossing the Boundaries

Joint Congress of the European Association for the History of Psychiatry (EAHP), the European Club for the History of Neurology (ECHN), and the International Society for the History of the Neurosciences (ISHN)

Zurich and Lausanne, Switzerland, 13-18 September 1999